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Homélies et l'enseignement

 

 

 

Le 14 juin 2013: Pèlerinage des Prêtres à Kibeho

 

JESUS CHRIST GRAND PRETRE ETERNEL

ANNEE DE LA FOI

 

Pèlerinage des Prêtres à Kibeho, le 14 juin 2013

(+ Smaragde Mbonyintege, Evêque de Kabgayi)

 

« Le Prêtre qui manifeste au monde la face et le cœur du Christ ».

Introduction

 

Il nous a manifesté sa face quand il prononce son discours sur la montagne (Mt 5,6-11), bien que déjà son cœur y transparaît, mais surtout il nous a manifesté son Cœur quand l’heure arrivait de passer de ce monde à son Père en disant ces paroles : « Ceci est mon corps, prenez et mangez », « Ceci est mon sang, le sang de l’alliance nouvelle et éternelle, prenez et buvez ».

 

Excellences Messeigneurs, Révérends Prêtres pensant à cette parole que j’allais prendre devant vous, beaucoup idées sont passées dans ma mémoire et dans mon cœur aussi. Qu’est-ce que je peux dire d’essentiel aux Prêtres, à Kibeho en cette fête de Jésus Christ, Grand Prêtre Eternel. Ces paroles de Jésus à ses Apôtres me sont revenus plusieurs fois : « Soyez mes témoins » (Lc 24, 48), « Allez enseigner toutes les nations » (Mt 28, 19) et de façon encore plus incisives ces paroles que nous prononçons souvent sans pouvoir en épuiser la portée et le sens « Prenez et mangez, ceci est mon corps », « Prenez et buvez ceci est mon sang, le sang de l’alliance nouvelle et éternelle, versé pour vous et pour la multitude » (Lc 22,19-20). Dernière ces trois Paroles de Jésus à ses disciples se trace la face et le cœur du Prêtre  à la suite du Christ, Grand Prêtre Eternel.

 

Chers frères dans le sacerdoce prenons très au sérieux ces trois paroles, notre salut comme prêtres et celui de nos communautés comme chrétiens en dépend. La joie du Prêtre dans sa vie et dans son ministère puise dans la compréhension et l’adhésion affective et effective à cette triple recommandation de Jésus Christ à ses disciples. Tandis que l’angoisse du prêtre viendrait de perdre de vue le sens de cette triple recommandation et ne pas pouvoir y adhérer avec son cœur.

 

Aujourd’hui nous célébrons la fête du Jésus Christ, Grand Prêtre Eternel. C’est la première fois que nous la célébrons au Rwanda, et nous avons choisi le faire à Kibeho, aux pieds de la Vierge Marie, Notre Dame de Kibeho, dont nous sommes les fils de sa prédilection comme prêtres.

 

Mais quels prêtres sommes-nous ? Les miettes qui tombent de la Table de Jésus Grand Prêtre. C’est déjà beaucoup pour nous. Mais quand nous nous laissons porter par cette parole de Jésus « Vous êtes mes témoins », « Allez enseigner toutes les nations », nous sommes des choisis et des envoyés du Christ (Turi intore n’intumwa ze). Et ce que nous sommes, comme le disait l’Apôtre Paul, nous les sommes par la grâce de Dieu, tâchons comme lui que cette grâce ne soit pas vaine (2 Co 6, 1). Ce que nous sommes comme prêtre c’est grâce au Christ et à l’Eglise qui nous envoie après nous avoir choisis et ordonnés.

 

Nous célébrons cette fête du Christ Jésus, Grand Prêtre Eternel dans l’année de la foi et dans le Jubilé de 50 ans du Concile Vatican II, je voudrais parler de cette face et de ce cœur du Jésus Christ dans le prêtre en m’appuyant sur le document conciliaire, bien connu du clergé, « Presbyterorum Ordinis » sur la vie et le ministère du prêtre qui a beaucoup nourri notre identité sacerdotale pendant ces 50 ans de mise en pratique des conclusions du Concile. Je ne vais pas m’étendre sur tout le document, je me limiterai sur 2 numéros pour approfondir davantage notre thème de la face et du cœur de Jésus dans la vie et le ministère du prêtre : il s’agit du n°5 et du n°14.

 

Le prêtre et l’Eucharistie dans sa vie et dans son ministère

 

En lisant le n°5 du P.O. avec la place centrale qu’il accorde à l’Eucharistie dans la vie de l’Eglise, je perçois d’abord à la fois, dernière la simplicité du signe, le visage radieux d’amour, de tendresse et d’affection que Jésus portait à ses disciples à cette dernière heure de sa vie sur la terre, je vois une crainte révérencielle de celui qui doit nous émerveiller par le don de sa vie qui sauve la nôtre, et cette volonté de Jésus de vouloir perpétuer parmi nous ce don sublime de son amour éternel. Ensuite je reviens sur nous prêtres, qui ont été choisis pour le manifester par notre vie et y adhérer effectivement et affectivement par notre ministère. En troisième lieu je pense au Peuple de Dieu qui est formé à l’Eucharistie, nourri de l’Eucharistie et vivant au jour le jour de l’Eucharistie. Il est grand ce mystère de la foi.

 

Considérons-nous, chers frères, par rapport à la Sainte Eucharistie que nous offrons, où nous communions et que nous adorons dans l’Eglise et avec l’Eglise. Je dis l’Eglise ici, comme communauté des croyants qui vivons pour et par l’Eucharistie.

 

Le Sacrement de l’Eucharistie dans la pastorale paroissiale du prêtre centralise et oriente tout ce que nous faisons. Il contient le cœur même de Jésus qu’il légua aux apôtres et à tous ceux qui croiront grâce à eux. C’est la source inépuisable jaillissant de vie d’amour pour le prêtre et pour l’humanité dont il est ministre. La raison profonde de cette centralité de l’Eucharistie dans le ministère du prêtre est que Jésus lui-même l’a voulu ainsi pour la vie de l’Eglise qu’il fondait et qu’il voulait garder dans la chaleur de son Amour perpétuel grâce à son Eucharistie. C’est pourquoi le Sacerdoce et l’Eucharistie sont nés jumeaux ; l’Eucharistie pour nourrir le Prêtre et le Peuple des croyants et le Prêtre pour être au service de l’Eucharistie et du Peuple dont le Christ s’est choisi.

 

La nuit qu’il fut livré, avant de passer de ce monde à son Père, fut approcher ceux qui il avait choisi, après leur avoir lavé les pieds en signe de service fraternel, il les fit asseoir à table. Il a tout prévu et il voit plus loin mais le tout est porté par un amour que seul l’homme Dieu pouvait porter en ce moment particulier de notre histoire de l’homme avec Dieu (Jn 13, 4..).

 

Il prit du pain, le bénit, le rompit et le leur donnant en disant : « Prenez ceci et mangez c’est mon corps livré pour vous ». Il fut de même avec la coupe de vin, après l’avoir béni la leur donnant en disant : « Prenez et buvez, ceci est mon sang, le sang de l’alliance nouvelle et éternelle, versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés » (1Cor 11, 23-26). Après ceci il leur donnant cet ordre : « Faites ceci en mémoire de moi » (1Cor11, 25). C’est le plus beau moment que l’humanité aura connu dans ses relations avec Dieu. Il fallait bien que l’Eglise comprenne et maintienne ce mémorial.

 

Chers confrères dans le sacerdoce nous avons le grand privilège comme prêtres de répéter le plus souvent possibles ces paroles eucharistiques. Et quand nous le faisons nous sommes à la table où nous sommes nourris et où nous nourrissons ceux qui nous sont confiés. C’est ici que le prêtre apprend à se modeler à l’image et à la ressemblance du Christ. Vous avez certainement remarqué que le prêtre ne dit pas « Ceci est son corps », « Ceci est son sang » mais plutôt « Ceci est mon corps », « Ceci est mon sang » comme si c’était le Christ lui-même qui parle et qui agit. Quel grand privilège pour nous les prêtres. C’est peut-être notre drame de voir que Jésus Christ ose nous traiter comme cela alors que nous savons que nous sommes indignes de cet honneur qu’il nous a fait. Mais apprenons nous justement par là à être simple avec Jésus il nous aime comme nous sommes dans la mesure où nous nous laissons transformer par lui, aimons-lui à notre tour, il est capable de faire de nous ce qu’il est lui-même.

 

Ayons confiance et aspirons à être mieux, l’Eucharistie est la source et le sommet de ce que nous sommes et de ce que nous faisons comme prêtres. La Parole que le prêtre annonce au Peuple, le service de gouvernement de la Paroisse et sa vie privée qu’il mène ne peuvent ne pas s’inspirer de sa vie eucharistique. Le prêtre à qui le Christ et l’Eglise ont confié cette haute responsabilité n’est pas un saint homme, mais c’est un homme en recherche de sainteté. Celui-ci est le prêtre normal. Il doit être au premier rang de ceux qui cherchent à être saints, surtout parce qu’il doit conduire les autres à la sainteté. Le prêtre se souviendra de ramener tout ce qu’il fait au pied de la Table eucharistique, même ce qu’il a fait de mal en passant ici alors par le sacrement de la réconciliation.

 

La fonction du prêtre est tout autre qu’une fonction, ce qu’il fait partie prenante de sa vie. Ce n’est pas un travail qu’il accomplit pour changer et prendre un autre travail. C’est toute une vie qu’il mène avec le Christ et dans l’Eglise ; on le voit, on l’écoute, on lui parle et il répond tout fait transparaître sa mission et le visage et le Cœur de Jésus Christ le traverse en le transformant pour atteindre le reste de l’humanité. Il fera ceci ou plutôt il sera ceci dans la mesure où il se laisse saisir lui-même par l’héritage fait aux apôtres de cette nuit qu’il fut livré et que nous célébrons chaque fois dans la Sainte Eucharistie.

 

Quand le prêtre perd les repères de sa mission, ceci aussi peut arriver dans la vie d’un homme. Mais cela n’arrive jamais comme une irruption soudaine, c’est plutôt un processus connu par le Christ et par la personne concerné. Le tout commence par l’absence d’une certaine présence eucharistique, dans sa vie quotidienne, l’absence d’une prière personnelle qui petit à petit fait manquer aussi à la prière communautaire. Ce que les hommes commencent à voir extérieurement est souvent l’aboutissement et non le début.

 

La prévention de ce mal sacerdotal comme sa guérison aussi est d’apprendre chaque jour de sa vie comme prêtre d’orienter sa vie et son travail à ces paroles créatrices de vie nouvelle : « Ceci est mon corps, prenez et mangez », « « Ceci est mon sang versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés ». Ce n’est pas un mot magique, mais un acte de foi. Ces paroles seront placées dans leur contexte large où Jésus Christ les a vécus et confié à son Eglise. Elles sont créatrices du Prêtre et de l’Eglise qui lui est confiée.

 

La charité pastorale dans la vie et le ministère du prêtre

Le n°14 du P.O. nous plonge plutôt dans une vie du prêtre vécue comme conséquence de ce que nous avons dit au n°5 de P.O.

 

Les Pères conciliaires ont voulu montrer le sens ou plutôt le cœur aimant du prêtre dans sa vie et dans sa mission en relation avec Jésus Christ qui le crée et qui l’inspire. Par voie de conséquence ils ont voulu mettre le prêtre en relations d’amour avec la communauté chrétienne bénéficiaire de sa vie et de sa mission. C’est ce qu’ils ont appelé : « la charité pastorale ». Elle prend son origine en Jésus Christ, le Bon Pasteur dont le prêtre est le témoin.

 

La façon dont le prêtre vit, travail, ses relations avec les autres, tout fait transparaître sa mise à part par le Christ et par l’Eglise pour une mission. Quand nos chrétiens disent en voyant passer le prêtre « Ni Padiri » (C’est le prêtre), tout est dit dedans. Mais aujourd’hui on dit aussi, quand il passe, « Ni Padiri kanaka » (C’est le prêtre un tel). Il l’identifie par rapport aux autres. Alors ici c’est en bien ou en mal, selon ce qu’ils voient de lui. Tout ceci pour dire que dans notre société le prêtre ne peut pas passer de façon inaperçue, on le voit, on le connait. Sa tâche, liée à sa vocation est d’être porteur de la charité pastorale.

 

Ici nous devons préciser davantage, la charité pastorale qui identifie le prêtre ne lui vient pas de ce que les chrétiens disent ou veulent de lui, mais plutôt de Jésus Christ, le Bon Pasteur, qui le nourrir et qui l’envoie. C’est pourquoi le prêtre, dans les diversités d’opinions et des visions répandues en nos jours, sa référence primordiale pour se comprendre lui-même et pouvoir discerner les voies et les moyens qui sont les siens, part toujours de Jésus Christ, le Bon Pasteur Eternel qui a vécu parmi nous avec le souci primordial de faire la volonté du Père, « ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir l’œuvre qu’il m’a confiée » (Jn 4, 34).

 

La ferme volonté de Jésus de faire la volonté de son Père a marqué sa vie et son œuvre, c’est la source intarissable qui nourrit le prêtre quant à sa vie et à sa mission. La charité pastorale du Prêtre marquée par cette ferme volonté du Christ le pousse à aller vers les gens pour les amener auprès de celui qui l’a choisi et qui l’envoie.

 

Au n°14 §1 du P.O. qui nous occupe ici, les Pères conciliaires font observer avec pertinence que les prêtres engagés dans les multiples obligations de leur fonctions peuvent être tiraillés et se demander, non sans angoisse, comment faire l’unité de leur vie et de leur fonction. C’est un drame en effet quand le prêtre n’arrive plus à faire le lieu entre sa vie et son travail de prêtre.

 

Que faire quand le prêtre perd les repères de ce qu’il est et de ce qu’il fait ?

Mon avis personnel est celui-ci : « il faut revenir sur sa conscience et agir en toute sincérité. La façon dont le prêtre est choisi et la formation qu’il reçoit lui permettent d’agir en toute conscience et sincérité avec lui-même sous la lumière de la foi que le Christ accorde de façon particulière en des moments pareils. Je suis convaincu qu’une telle façon de procéder peut lui faire accéder à une solution qui le rapproche de Dieu et de l’Eglise au lieu de s’en éloigner. Ici surtout il faut éviter d’accuser les autres au nom de la sincérité. Le choix d’un conseiller spirituel qui convient est important dans ce processus. La charité pastorale lui fait renouer avec le Christ et avec le Peuple dont il est chargé. Mais comme je l’ai évoqué  avant que la crise ne fait jamais une irruption soudaine, c’est plutôt un processus intérieur. La pratique constante d’une vie de prière soutien le prêtre au quotidien. Manque à cette pratique pourrait conduire à la perte de ses repères sacerdotales.

 

La fidélité du prêtre à Jésus  Christ et à l’Eglise

 

La charité pastorale s’alimente et se renforce par la fidélité au Christ et à l’Eglise. La charité pastorale qui doit être visible sur la face et marquer le cœur du Prêtre prend son origine en Jésus Christ le Bon Pasteur. Il en  est la source intarissable. Le Peuple de Dieu en marche vers le Christ recueille les fruits de ce qui anime le prêtre. C’est pourquoi le prêtre dans sa vie et son ministère se sentira toujours porté par le Christ Bon Pasteur et par la communauté qui le soutient dans sa prière. Le lieu interne est la charité pastorale qui donne le goût au prêtre et qui rend joyeux son ministère. C’est pour cela qu’il faut entretenir et nourrir la charité pastorale par la prière personnelle et communautaire, surtout par la célébration eucharistique bien préparée et bien servi.

 

La vie et le ministère du prêtre se réalise en communion avec son Evêque et ses confrères prêtres.

 

Au dernier paragraphe du n°14 de P.O. le Concile Vatican II souligne cette réalité fondamentale de la vie et le ministère du prêtre, la communion en Eglise. Le prêtre n’est pas un pasteur solitaire, il est plutôt en communion avec son Evêque et avec ses confrères. Cette unité  se nourrit elle-même de la charité pastorale.

 

En revenant sur la dernière heure de Jésus, en plus de laver les pieds de ses disciples en signe de service fraternel qu’ils se doivent, de la nourriture eucharistique qui est profondément la nourriture de l’unité des chrétiens, Jésus a prié longuement pour l’unité de ses disciples, dans sa prière dite sacerdotale (Jn 17). Il a prié pour ses apôtres pour que « eux tous soient un comme lui et le Père sont un » (Jn 17,22-23). L’Evangéliste Jean place cette prière dans le prolongement de la dernière heure de Jésus. Notre recherche de l’unité comme prêtre fait partie de l’identité que le Christ et l’Eglise veulent nous donner. L’amour fraternel comme l’unité sacerdotale doivent marquer le cœur et le visage de tout prêtre dans l’Eglise.

 

Ici au Rwanda, vous le savez, on aime dire « Abasaserdoti dusangiye ibanga » (Prêtres qui ont un secret de communion). Je voudrais ici vous rappeler cet « ibanga » (secret sacerdotal) ; il est basé sur trois impositions de mains :

-          Imposition de main que l’Evêque et les prêtres présents imposent sur le nouvel ordonné. Il est signe le signe de fraternité et de communion sacerdotale.

-          Imposition de mains que l’Evêque et les prêtres imposent sur le pain et le vin qui deviennent eucharistique, signe de communion et de fraternité sacerdotale.

-          Enfin imposition de mains lors de la bénédiction finale que l’Evêque donne au nouvel ordonné et que le nouvel ordonné donne à l’Evêque et aux prêtres.

 

De ces trois impositions de mains pour moi beaucoup est dit de l’unité et de la communion avec son Evêque et ses confrères les prêtres. Et la charité pastorale encore ici marque le lieu comme une sève qui circule dans les différents membres de cette fraternité sacerdotale dont l’Evêque est le gestionnaire au quotidien.

 

Conclusion :

 

Excellences Messeigneurs, Révérends Prêtres, je voudrais conclure cet entretien tenu en ce haut lieu de la Vierge Marie, Notre Dame de Kibeho, à la fête de Jésus Christ Grand Prêtre Eternel, avec vous Evêques et prêtres ce qui fait notre lien vital c’est le sacerdoce du Christ au service de l’Eucharistie comme Grand Sacrement qui fait vivre l’Eglise. Nous sommes, par notre vocation sacerdotale, ceux qui ont le privilège, d’être témoin de la face et du cœur de Jésus Christ que la Sainte Eucharistie représente de façon sublime.

 

Pour maintenir et nourrir notre foi la charité pastorale que nous recommandent les Pères conciliaires puisse se raffermir  aux pieds de la Vierge Marie, Notre-Dame de Kibeho. Souvenez- vous qu’avec tous ce que nous venons de dire, nous sommes ses fils de prédilection.

 

Que Jésus Christ, Notre Grand Prêtre Eternel, soit toujours avec vous.

 

 

 

 

Le 02 février 2012:   Pèlerinage à Kibeho de Personnes Consacrées

 

 

Conférence du Père Boguslaw Gil, MIC:



LA PLACE DE MARIE DANS LA VIE CONSACREE



Marie, la Mère du Rédempteur a une place bien définie dans le plan du salut, dans l’Eglise et dans la vie consacré, parce que, «quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d'une femme, né sujet de la Loi, afin de racheter les sujets de la Loi, afin de nous conférer l’adoption filiale. Et la preuve que vous êtes des fils, c’est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie: Abba, Père!» (Ga 4, 4-6).

 

Par ces paroles de l’Apôtre Paul, que le Concile Vatican II reprend au début de son exposé sur la Bienheureuse Vierge Marie, le Pape Jean Paul II, lui aussi, commence sa réflexion sur le sens du rôle qu’a Marie dans le mystère du Christ et sur sa présence active et exemplaire dans la vie de l’Eglise. Il s’agit de l’encyclique Redemptoris Mater publiée le 25 mars 1987 pour la proclamation de l’Année Mariale. En effet, ces paroles proclament conjointement l’amour du Père, la mission du Fils, le don de l’Esprit, la femme qui a donné naissance au Rédempteur, notre filiation divine, dans le mystère de la «plénitude du temps» .

 

Le Pape souligne particulièrement  la «plénitude du temps». Que donc veut dire cette «plénitude»? Cette plénitude détermine le moment fixé de toute éternité où le Père envoya son Fils «afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle» (Jn 3, 16). Elle désigne l’heureux moment où «le Verbe qui était avec Dieu, (...) s’est fait chair et a habité parmi nous» (Jn 1, 1. 14), se faisant notre frère. Elle marque le moment où l’Esprit, qui avait déjà répandu en Marie de Nazareth la plénitude de la grâce dans le mystère de son Immaculée conception, forma en son sein virginal la nature humaine du Christ. Elle indique le moment où, par l’entrée de l’éternité dans le temps, le temps lui-même est sauvé et, pénétré par le mystère du Christ, devient définitivement le «temps du salut».

 

 

Signes du temps pour les consacrées en 2012


La catégorie théologique de la «plénitude du temps» évoque sans doute une autre catégorie importante, celle de «signes du temps». Quels sont des signes du temps pour nous aujourd’hui ?

 

Je crois que le premier signe important pour nous ici présents au Sanctuaire de la Mère du Verbe à Kibeho è l’invitation du Pape Benoit XVI à vivre, durant cette année 2012 d’une manière spéciale, la foi. Enfin, cette année a été consacrée au mystère de la foi par l’Evêque de Rome. Un autre signe du temps important pour chacun de nous è le mystère de la journée  d’aujourd’hui. Le 6 janvier 1997, après le Synode des Evêques consacré à la vie religieuse et après la publication de l’exhortation apostolique Vita consacrata, le 25 mars 1996, le   Pape Jean Paul II a décidé que le 2 février soit une Journée mondiale de la vie consacré.  Selon Jean Paul II, cette Journée mondiale de la vie consacrée a un triple but: remercier le Seigneur pour le grand don de la vie consacrée, faire mieux connaître et apprécier la vie consacrée au peuple de Dieu et les personnes consacrées sont donc invitées à célébrer ensemble et solennellement les merveilles que le Seigneur a accomplies en elles.

 

Comment donc ne pas voir l’importance e la présence de Marie dans la réalisation de ces 3 but de la Journée mondiale de la vie consacrée ?

 

Premièrement, en Marie la vie consacrée trouve son «incarnation», si l’on peut dire ainsi. «En la contemplant dans l’acte de présenter l’Enfant Jésus au Temple – disait Benoit XVI le 2 Février 2010 dans son message adressé aux consacrés-nous la vénérons comme la première et parfaite consacrée. Par ce Dieu qu’elle porte dans ses bras, la Vierge, pauvre et obéissante est toute dévouée à nous, parce qu’elle est toute à Dieu». Marie nous apprends à remercier Dieu pour la vie consacrée qui est notre vie, qui est un don de la grâce extraordinaire de Dieu.

 

Avec Marie nous voulons aussi faire connaître ce don de Dieu au monde. Nous ne le faisons pas dans l’esprit mondial de se vanter et de faire la publicité de nos charismes respectifs et des œuvres que nous accomplissons pour l’Eglise et pour la société, mais dans l’esprit de Marie, l’humble Servante du Seigneur dont la présence dans le mystère du Christ et de l’Eglise est toujours discrète et délicate. Marie ne fait pas, en effet, la publicité d’elle-même, mais elle désire que son Fils soit connu et elle nous invite à faire tout ce que Jésus, Fils de Dieu et son Fils nous dira (cf. Jn 2, 5).

 

En fin, le troisième but de la Journée mondiale de la vie consacrée est chanter les merveilles que Dieu fait dans les personnes lui consacrées. Comment ne pas penser ici au Magnificat que Marie chante en face d’Elisabeth pour exprimer et proclamer les grandes choses que le Seigneur a fait pour elle et en elle?

 

 

Marie, Mère et Maitresse spirituelle des personnes consacrées à Dieu


Marie, Mère de Jésus Christ et Mère de l’Elise est certainement présente dans la vie consacrée et y possède une place bien définie. Quelle est cette place? Est une place de Mère e de Maîtresse spirituelle.  A son école, et avec son aide maternelle, nous renouvelons donc aujourd’hui notre «me voici» et notre «fiat».

 

Le Concile Vatican II dit que «le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné» (Gaudium et spes 22). D’autant plus le mystère de la personne consacrée ne s’éclaire que dans le mystère de l’Incarnation où Marie accomplit le rôle décisif parce que le Pères des miséricordes voulut que l’acceptation libre de la part de la prédestinée Mère du Rédempteur précède le moment où le Verbe de Dieu s’est fait chaire dans le sein virginal de la Servante du Seigneur (cf. Lumen gentium 56).

 

La  maternité divine et virginale de Marie est donc la base de sa maternité spirituelle envers l’Eglise et envers les personnes consacrées.

 

Jean Paul II affirme que pour l’Eglise «le mystère de l’Incarnation lui a permis de pénétrer et d’éclairer toujours mieux le mystère de la Mère du Verbe incarné. Dans cet approfondissement, le Concile d’Ephèse (431) eut une importance décisive, car, à la grande joie des chrétiens, la vérité sur la maternité divine de Marie y fut solennellement confirmée comme vérité de foi dans l’Eglise. Marie est la Mère de Dieu (= Théotokos), parce que, par le Saint-Esprit, elle a conçu en son sein virginal et a mis au monde Jésus Christ, le Fils de Dieu consubstantiel au Père. ‘‘Le Fils de Dieu..., né de la Vierge Marie, est vraiment devenu l’un de nous’’, il s’est fait homme. Ainsi donc, par le mystère du Christ, le mystère de sa Mère resplendit en plénitude à l’horizon de la foi de l’Eglise. A son tour, le dogme de la maternité divine de Marie fut pour le Concile d’Ephèse et est pour l’Eglise comme un sceau authentifiant le dogme de l’Incarnation, selon lequel le Verbe assume véritablement, dans l’unité de sa personne, la nature humaine sans l’abolir» (Redemptoris Mater 4).

 

En effet, Marie, en tant que Mère du Christ, est unie spécialement à l’Eglise que le Seigneur a établie comme son corps. Elle est aussi évidement unie à tous ceux que par les vœux religieux sont consacrées au Christ.  La réalité de l’Incarnation trouve pour ainsi dire son prolongement dans le mystère de l’Eglise - corps du Christ.

 

On ne peut donc pas penser à la réalité même de l’Incarnation, de l’Eglise et de la vie consacrée qui existe dans l’Eglise et pour l’Eglise, sans évoquer Marie, Mère du Verbe incarné. L’Eglise, et la vie consacrée en elle, a donc une dimension mariale très forte.

 

Dans son commentaire à la Redemptoris Mater de Jean Paul II, le Cardinal Joseph Ratzinger disait que «au point du départ masculin, activiste et sociologique de Populus Dei (peuple de Dieu), s’oppose le fait que l’Eglise (Ecclesia) est féminine» (J. Ratzinger – H. U. Von Balthasar, Marie, Première Eglise, Médiaspaul, Paris 1998, p. 22). Cela veut dire que l’Eglise est plus que «peuple», plus que structure et action. A travers Marie on voit dans l’Eglise et dans la vie consacrée, la maternité et l’amour conjugal qui rend possible la maternité. L’Eglise est donc Epouse du Christ, une personne consacrée à son Epoux. Comme Marie, elle vierge et mère. Elle est vierge, «ayant donné à son Epoux sa foi qu’elle garde intègre et pure», et elle «devient à son tour une Mère (...): elle engendre, à une vie nouvelle et immortelle, des fils conçus du Saint Esprit et nés de Dieu» (Lumen gentium 64).

 

Les personnes consacrées doivent se retrouver facilement dans cette dimension féminine et mariale de l’Eglise parce que par les vœux de la chasteté, de la pauvreté et de l’obéissance sont appelées è une fécondité spirituelle qui est basée toujours sur l’amour conjugal envers l’Epoux, exprimé par la virginité consacrée.

 

Mais, pour que la consécration religieuse porte les fruits de la fécondité spirituelle dans la vie d’une personne consacrée: les fruits de la maternité et de la paternité spirituelle il faut que cette personne suive l’itinéraire de la foi. Il s’agit de l’itinéraire accompli par la Vierge Marie qui «avança dans son pèlerinage de foi, gardant fidèlement l’union avec son Fils jusqu'à la Croix». La vie spirituelle, en effet,  que è le but de la vie consacrée est le pèlerinage de la foi et dans la foi dont le meilleur exemple nous voyons en Marie.

 

Le pèlerinage de la foi exceptionnel de Marie représente une référence constante pour l’Eglise, pour chacun individuellement et pour la communauté, pour les personnes consacrées, pour les peuples et pour les nations et, en un sens, pour l’humanité entière.

 

Le Concile souligne que la Mère de Dieu est l’accomplissement eschatologique de l’Eglise (cf. Lumen gentium 64-65). Elle est aussi l’accomplissent de la vie consacré et le modèle de la vie dans l’Esprit Saint.

 

 

«Pleine de grâce» (Lc 1, 28)


Le pèlerinage de la foi commence pour Marie dans le mystère de l’Annonciation par lequel elle est aussi  définitivement introduite dans le mystère du Christ. Le messager divin dit à la Vierge: «Réjouis-toi, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi» (Lc 1, 28). Marie «fut toute troublée, et elle se demandait ce que signifiait cette salutation» (Lc 1, 29), ce que pouvaient signifier ces paroles extraordinaires et, en particulier, l’expression «pleine de grâce» (kécharitôménê). ». En effet, le messager salue Marie comme «pleine de grâce»: il l’appelle ainsi comme si c’était là son vrai nom. Il ne donne pas à celle à qui il s’adresse son nom propre suivant l’état civil terrestre: Miryam (= Marie), mais ce nom nouveau: «pleine de grâce». Que signifie ce nom ? Pourquoi l’archange appelle-t-il ainsi la Vierge de Nazareth?

 

Dans le langage de la Bible, «grâce» signifie un don particulier qui, suivant le Nouveau Testament, prend sa source dans la vie trinitaire de Dieu lui-même, de Dieu qui est amour (cf. 1 Jn 4, 8). Le fruit de cet amour est l’élection, celle dont parle le commencement de la Lettre aux Ephésiens (1, 1-7) que Jean Paul II évoque pour explique le nom nouveau de Marie. En Dieu, cette élection, c’est la volonté éternelle de sauver l’homme par la participation à sa propre vie (cf. 2 P 1, 4) dans le Christ. C’est donc le salut dans la participation à la vie surnaturelle. Ce don éternel, cette grâce de l’élection de l’homme par Dieu produisent un germe de sainteté, ou bien, une source naissant dans l’âme - le don de Dieu lui-même qui vivifie et sanctifie les élus par la grâce. Ainsi cette bénédiction de l’homme «par toutes sortes de bénédictions spirituelles» s’accomplit, c’est-à-dire qu’elle devient une réalité. Etre «des fils adoptifs par Jésus Christ», par celui qui est de toute éternité le «Fils bien-aimé» du Père, signifie être bénis et sauvés.

 

Lorsque nous lisons que le messager dit à Marie qu’elle est «comblée de grâce», le contexte de l’Evangile nous laisse entendre qu’il s’agit là d’une bénédiction unique entre toutes les «bénédictions spirituelles dans le Christ». Dans le mystère du Christ, elle est présente dès «avant la fondation du monde», elle est celle que le Père «a choisie» comme Mère de son Fils dans l’Incarnation- et, en même temps que le Père, le Fils l’a choisie, la confiant de toute éternité à l’Esprit de sainteté. Marie est unie au Christ d’une manière tout à fait particulière et exceptionnelle, et de même, elle est aimée en ce Fils bien-aimé de toute éternité. En ce Fils qui est de la même nature que le Père est concentrée toute «la gloire de la grâce». En même temps, Marie est parfaitement ouverte à ce «don d’en haut» (cf. Jc 1, 17) qui est Dieu lui-même. Comme l’enseigne le Concile, Marie «occupe la première place parmi ces humbles et ces pauvres du Seigneur qui espèrent et reçoivent le salut de lui avec confiance» (Lumen gentium 53).

 

Le nom nouveau de Marie: «pleine de grâce» rappelle donc aux consacrés qu’ils n’ont pas mérité la grâce de la vocation. C’est Dieu qu’il les a aimé le premier (cf. 1 Jn 4, 10. 19). Marie est ici comme un model de l’accueil de la grâce de Dieu.  En elle la grâce a produis son «fiat».

 

 

«Bienheureuse celle qui a cru» (Lc 1, 45)


Comme l’enseigne le Concile Vatican II, «à Dieu qui révèle est due ‘‘l’obéissance de la foi’’ (Rm 16, 26; cf. Rm 1, 5; 2 Co 10, 5-6), par laquelle l’homme s’en remet tout entier et librement à Dieu» (Dei Verbum 5). Cette définition de la foi trouve en Marie une réalisation parfaite. Le moment «décisif» dans sa vie fut l’Annonciation. C’était un moment de la révélation divine à Marie, le moment de sa vocation. La plénitude de grâce, annoncée par l’ange, signifie le don de Dieu lui-même. A ce don Marie répond par la foi.  La parole du Dieu vivant la concernait elle-même: «Voici que tu concevras en ton sein et enfanteras un fils» (Lc 1, 31). En accueillant cette annonce, Marie allait devenir la «Mère du Seigneur» et le mystère divin de l’Incarnation s’accomplirait en elle. En effet, elle dit: «Je suis la servante du Seigneur; qu’il m’advienne selon ta parole!» (Lc 1, 38). Ce fiat de Marie -«qu’il m’advienne»- a déterminé, du côté humain, l’accomplissement du mystère divin. Il y a une pleine harmonie avec les paroles du Fils qui, selon la Lettre aux Hébreux, dit au Père en entrant dans le monde: «Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation, mais tu m’as façonné un corps (...) Voici, je viens... pour faire, ô Dieu, ta volonté» (He 10, 5-7). Le mystère de l’Incarnation s’est accompli donc lorsque Marie a prononcé son fiat, rendant possible la réalisation de la volonté du Père.

 

A l’Annonciation, donc, Marie, s’est remise à Dieu entièrement en manifestant «l’obéissance de la foi» à celui qui lui parlait par son messager, et en lui rendant «un complet hommage d’intelligence et de volonté». Elle a donc répondu de tout son «moi» humain, féminin, et cette réponse de la foi comportait une coopération parfaite avec «la grâce prévenante et secourable de Dieu» et une disponibilité parfaite à l’action de l’Esprit Saint qui «ne cesse, par ses dons, de rendre la foi plus parfaite».

 

Mais, la foi de Marie n’est pas aveugle. Son obéissance envers Dieu n’est pas une obéissance d’un soldat qui sans rien comprendre ni demander doit accomplir l’ordre de son supérieur.  La foi de Marie cherche à comprendre, parce que la foi chrétienne est fides querens intellectum (foi qui cherche à comprendre).

 

C’est pourquoi elle va  rendre visite à Elisabeth, sa parente. Sa visite è motivée par le fait qu'à l’Annonciation l’ange Gabriel avait nommé Elisabeth d’une manière remarquable. Elisabeth qui, à un âge avancé, grâce à la puissance de Dieu, avait conçu un fils de son époux Zacharie, è pour Marie comme une confirmation de la foi qu’elle a donné à la Parole de Dieu. «Elisabeth, ta parente, vient, elle aussi, de concevoir un fils dans sa vieillesse, et elle en est à son sixième mois, elle qu’on appelait la stérile; car rien n’est impossible à Dieu» (Lc 1, 36-37). Le messager divin s’était référé à ce qui était advenu en Elisabeth pour répondre à la question de Marie: «Comment cela sera-t-il, puisque je ne connais pas d’homme?» (Lc 1, 34). Oui, cela adviendra justement par la «puissance du Très-Haut», comme et plus encore que dans le cas d’Elisabeth. Marie donc croit à la parole lui annoncée, parce que elle est convaincue que «rien n’est impossible à Dieu». C’est pour cela

 

Elisabeth, répondant à sa salutation et, sentant l’enfant tressaillir en son sein, «remplie d’Esprit Saint», à son tour salue Marie à haute voix: «Bénie es-tu entre les femmes, et béni le fruit de ton sein!» (cf. Lc 1, 40-42). Mais ces paroles ne sont pas suffisantes pour exprimer la grandeur du mystère accomplit en Marie. Elisabeth donc continue: «Comment m’est-il donné que vienne à moi la mère de mon Seigneur?» (Lc 1, 43). Elisabeth rend témoignage à Marie. Elle reconnaît et elle proclame que devant elle se tient la Mère du Seigneur, la Mère du Messie, dans le mystère duquel Marie est introduit par sa foi. C’est pourquoi elle reçoit le nom de la Bienheureuse par sa foi. «Bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur!» (Lc 1, 45).

 

On peut rapprocher ces mots du titre «pleine de grâce» dans la salutation de l’ange. Dans l’un et l’autre de ces textes se révèle un contenu mariologique essentiel c’est-à-dire la vérité sur Marie dont la présence dans le mystère du Christ est devenue effective parce qu’elle «a cru».

 

 

Mère du Sauveur souffrant


Par la foi, Marie se livra donc elle-même intégralement, comme la servante du Seigneur, à la personne et à l’œuvre de son Fils. C’est pour quoi le nom «Bienheureuse celle qui a cru» ne se rapporte pas seulement à ce moment précis de l’Annonciation Assurément, cela représente le point culminant de la foi de Marie dans son attente du Christ, mais c’est aussi le point de départ, le commencement de tout son «itinéraire vers Dieu», de tout son cheminement dans la foi. Et sur cette route, d’une manière éminente et véritablement héroïque s’accomplira l’«obéissance» à la parole de la révélation divine, telle qu’elle l’avait professée.

 

Toujours sur cette route de l’«obéissance de la foi», Marie entend peu après d’autres paroles, celles que prononce Syméon au temple de Jérusalem quand, suivant la prescription de la Loi de Moïse, Marie et Joseph «emmenèrent l’enfant à Jérusalem pour le présenter au Seigneur» (Lc 2, 22).

 

Croire, en effet, veut dire «se livrer» à la vérité même de la parole du Dieu vivant, en sachant et en reconnaissant humblement «combien sont insondables ses décrets et incompréhensibles ses voies» (Rm 11, 33). Marie donc par la volonté éternelle du Très-Haut, s’est trouvée, peut-on dire, au centre même de ces «voies incompréhensibles» et de ces «décrets insondables» de Dieu.

 

La naissance donc de Jésus, fils de Dieu et de Marie, avait eu lieu dans des conditions de pauvreté extrême. Luc nous apprend en effet que lorsque Marie se rendit à Bethléem avec Joseph à l’occasion du recensement de la population ordonné par les autorités romaines, n’ayant pas trouvé de «place à l’auberge», elle enfanta son Fils dans une étable et «le coucha dans une crèche» (cf. Lc 2, 7). Pourquoi celui qui devrai régner pour toujours sur la maison de Davide n’est pas accueilli au palais royal? La réponse est portée à Marie exactement par Syméon. Il lui dit donc: «Vois! Cet enfant doit amener la chute et le relèvement d’un grand nombre en Israël; il doit être un signe en butte à la contradiction -afin que se révèlent les pensées intimes de bien des cœurs». Et il ajoute encore: «Et toi-même, une épée te transpercera l’âme!» (Lc 2, 34-35). Les paroles de Syméon mettent donc dans une nouvelle lumière l’annonce que Marie a entendue de l’ange: Jésus est le Sauveur, il est «lumière pour éclairer» les hommes. Cela a été manifesté, en quelque sorte, la nuit de Noël, quand les bergers sont venus à l’étable (cf. Lc 2, 8-20). Cela va se manifester davantage encore lorsque viendront des Mages d’Orient (cf. Mt 2, 1-12). Cependant, dès le début de sa vie, le Fils de Marie, et sa Mère avec lui, éprouveront aussi en eux-mêmes la vérité des autres paroles de Syméon: «Un signe en butte à la contradiction» (Lc 2, 34). Jésus n’est pas un Mésie – roi selon la logique humaine.

 

Ce que dit donc Syméon apparaît, selon Jean Paul II, comme une seconde annonce faite à Marie, qui «lui montre la dimension historique concrète dans laquelle son Fils accomplira sa mission: dans l’incompréhension et dans la souffrance. Si, d’une part, une telle annonce confirme sa foi dans l’accomplissement des promesses divines du salut, d’autre part, elle lui révèle aussi qu’elle devra vivre l’obéissance de la foi dans la souffrance aux côtés du Sauveur souffrant, et que sa maternité sera obscure et douloureuse» (Redemptoris Mater 16).

 

La fuite en Egypte, parce que «Hérode recherchait l’enfant pour le faire périr» (cf. Mt 2, 13), è seulement une confirmation de la vérité des paroles de Syméon.

 

Pendant les années de la vie cachée de Jésus dans la maison de Nazareth, la vie de Marie, elle aussi, est «cachée avec le Christ en Dieu» (cf. Col 3, 3) dans la foi. En effet, la foi est un contact avec le mystère de Dieu. Jour après jour Marie, par la foi, est en contact avec le mystère ineffable de Dieu fait homme. Dès le moment de l’Annonciation, la Vierge Mère a été introduit dans la «nouveauté» radicale de la révélation que Dieu fait de lui-même, et elle a pris conscience du mystère. Elle est la première de ces «petits» dont Jésus dira un jour: «Père, (...) tu as caché cela aux sages et aux intelligents et tu l’as révélé aux tout-petits» (Mt 11, 25). En effet, «nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père» (Mt 11, 27). Malgré la «plénitude de la grâce» Marie ne le connaît certes pas comme le Père, mais elle est la première de ceux auxquels le Père «a voulu le révéler» (cf. Mt 11, 26-27; 1 Co 2, 11).

 

Cette connaissance de son Fils, Sauveur souffrant, atteint la plénitude de son sens lorsque Marie se tient au pied de la Croix de son Fils (cf. Jn 19, 25). Le Concile déclare que cela se produisit «non sans un dessein divin»: «Souffrant cruellement avec son Fils unique, associée d’un cœur maternel à son sacrifice, donnant à l’immolation de la victime, née de sa chair, le consentement de son amour», Marie «garda fidèlement l’union avec son Fils jusqu’à la Croix» (Lumen gentium 58). C’est une union par la foi.

 

A l’Annonciation Marie avait entendu dire au sujet de son Fils: «Il sera grand (...) Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père; il régnera sur la maison de Jacob pour les siècles et son règne n’aura pas de fin» (Lc 1, 32-33). Et maintenant, debout au pied de la Croix, Marie est témoin, humainement parlant, d’un total démenti de ces paroles. Son Fils agonise sur ce bois comme un condamné. «Objet de mépris, abandonné des hommes, homme de douleur (...), méprisé, nous n’en faisions aucun cas», il était comme détruit (cf. Is 53, 3-5). On  peut voir maintenant comme elle est grande, l’obéissance de la foi dont Marie fait preuve face aux «décrets insondables» de Dieu. Sa foi ne défaille pas.  Elle «se livre à Dieu» sans réserve, dans «un complet hommage d’intelligence et de volonté» à celui dont «les voies sont incompréhensibles» (cf. Rm 11, 33). Elle croit que Celui pour qui rien n’est impossible peut ressusciter son Fils d’entrer mort.

 

Par une telle foi, Marie est unie parfaitement au Christ dans son dépouillement. En effet, «le Christ Jésus, (...) de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes, il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix!» (cf. Ph 2, 5-8).

 

Au pied de la Croix, Marie participe par la foi au mystère de ce dépouillement. «C’est là, sans doute, - dit Jean Paul II - la ‘‘kénose’’ de la foi la plus profonde dans l’histoire de l’humanité. Par la foi, la Mère participe à la mort de son Fils, à sa mort rédemptrice; mais, à la différence de celle des disciples qui s’enfuyaient, sa foi était beaucoup plus éclairée. Par la Croix, Jésus a définitivement confirmé sur le Golgotha qu’il était le «signe en butte à la contradiction» prédit par Syméon. En même temps s’accomplissaient là les paroles qu’il avait adressées à Marie: ‘‘Et toi-même, une épée te transpercera l'âme’’» (Redemptoris Mater 18).

 

Elle est donc vraiment, «bienheureuse celle qui a cru». Aux pieds de la Croix, pour ainsi dire au cœur même du mystère de la Rédemption, la Bienheureuse Vierge Marie se présente comme Nouvelle Eve qui participant au sacrifice du Christ, Nouvel Adam, devient, en un sens, la contrepartie de la désobéissance et de l’incrédulité comprises dans le péché des premiers parents. C’est ce qu’enseignent les Pères de l’Eglise et, en particulier, saint Irénée cité par la Constitution Lumen gentium 56: «Le nœud de la désobéissance d’Eve a été dénoué par l’obéissance de Marie, car ce que la vierge Eve avait lié par son incrédulité, la Vierge Marie l’a délié par sa foi». A la lumière de cette comparaison avec Eve le Pape Jean Paul II, suivant l’enseignent conciliaire, présent la foi de Marie comme la base et le fondement de la Nouvelle Alliance (cf. Redemptoris Mater 14).

 

En vue d’une brève conclusion nous pouvons dire que la foi de Marie est une clé qui nous fait accéder à la réalité intime de Marie, de celle que l’ange a saluée comme «pleine de grâce». Si elle a été éternellement présente dans le mystère du Christ parce que «pleine de grâce», par la foi elle y participa dans toute l’ampleur de son itinéraire terrestre: «elle avança dans son pèlerinage de foi» et, en même temps, de manière discrète mais directe et efficace, elle rendait présent aux hommes le mystère du Christ. Et elle continue encore à le faire. Par le mystère du Christ, elle est aussi présente parmi les hommes. Ainsi, par le mystère du Fils de Dieu, s’éclaire également le mystère de sa Mère, le mystère de l’Eglise et celui de la vie consacrée. Les personnes consacrées sont donc invités à reconnaitre en Marie la Mère, leur Mère et à suivre son pèlerinage de la foi afin d’être introduis davantage dans le mystère du Christ et de l’Eglise et de rendre ce mystère présent là où le Seigneur les envoie.

P. Boguslaw Gil MIC

CFM Kibeho/Nyarushishi

 

 

 

 



 

 

28.11.2011


LE FETE DE NOTRE-DAME DE KIBEHO  

Un Résumé de l’homélie du jour

 


 

Frères et sœurs de langue française, aujourd’hui nous célébrons le 30ème anniversaire des apparitions de Marie « Nyina wa Jambo » à Kibeho ; et, par la même occasion, le 10ème anniversaire de la reconnaissance officielle de ces apparitions par l’Eglise. C’est une grande bénédiction pour nous tous, hommes de ce temps ; un grand signe de la divine miséricorde. Marie est apparue à Kibeho pour apporter au monde un message important et urgent, qui invite à une vraie conversion des cœurs, quand il est encore temps.

 

Certes la reconnaissance de ces apparitions par l’Eglise n’est pas à prendre pour un dogme de foi ; cependant il reste vrai que le message de Kibeho est ainsi reconnu comme étant digne de foi et appelé à devenir pour tous une source d’inspiration et de renouveau spirituel. Ce message n’est pas seulement pour le Rwanda, mais pour le monde entier. Cela, Marie Nyina wa Jambo l’a souligné à plusieurs reprises.

 

Le message de Kibeho nous convie donc à une conversion radicale et une repentance du fond du cœur afin de mieux observer les commandements de Dieu. La Vierge Marie est venue en disant : « Le monde va mal », « Le monde risque de tomber dans un gouffre ». « Le monde s’est rebellé contre Dieu, trop de péchés s’y commettent ». « Il n’y a pas assez d’amour ni de paix ». La Vierge Marie nous interpelle : « Faites pénitence, faites pénitence, faites pénitence ! Convertissez-vous quand il est encore temps ». Ou encore « Si vous ne vous convertissez pas pour changer de vie, vous allez tous tomber dans un gouffre », c’est-à-dire être « dans des malheurs innombrables et incessants ».

 

Le message de la Mère du Verbe est important et très urgent. Et pourtant, nous qui sommes concernés, nous ne l’apprécions pas à sa juste valeur pour l’accueillir très vite comme il se devrait, à l’exemple des habitants de Ninive interpellés par le prophète Jonas ; au contraire nous nous laissons distraire et accaparer par des préoccupations passagères du monde. C’est pourquoi le chagrin de Marie notre Mère en est arrivé à son comble et le 15 août 1982 elle a versé des larmes. Elle a dit « J’ai ouvert la porte et ils ne sont pas entrés, j’ai ouvert la porte et ils ne sont pas entrés, j’ai ouvert la porte et ils ne sont pas entrés ! » Et d’ajouter : « Je suis triste parce que moi je viens vers vous et vous me fuyez ; je vous annonce une bonne nouvelle, mais vous ne l’écoutez pas ; et lorsque je vous donne un message vous refusez de l’accueillir ». Ou encore « Je suis attristée aussi de voir combien les péchés se multiplient alors qu’ils devraient plutôt diminuer.»

 

Chers frères et sœurs, ces larmes de la Vierge Marie sont pour nous un message éloquent. Maintenant encore la Vierge Marie Mère du Verbe souffre de nous voir endurcir nos cœurs, refusant de nous repentir, prenant ses avertissements pour de la fable ; elle souffre parce que nous, hommes de ce temps, avons délaissé les bonnes mœurs pour se laisser aller à des mœurs dévergondées et dépravées, se réjouir du mal, mettre le mensonge à l’honneur, soutenir haines et meurtres de toutes sortes, et ainsi transgresser souvent les commandements de Dieu.

 

Maintenant encore elle nous demande pourquoi nous devenons si faibles et si lents lorsque nous essayons de servir Dieu, mais plus prompts, plus intrépides et pleins d’ingéniosité quand il s’agit de travailler pour Satan, en mettant à contribution toute notre intelligence pour satisfaire nos désirs manifestement ignobles. Maintenant encore le monde va mal, parce que dans nos régions par exemple et même ailleurs dans le monde la paix reste précaire, des guerres sont toujours latentes entre frères ou voisins, des flots de sang coulent toujours. Maintenant encore Notre-Dame de Kibeho nous dit : « Si vous ne vous repentez pas et ne renoncez pas à vos péchés, c’est fini pour vous ! » « Le temps s’envole très vite et il ne reviendra pas pour votre conversion ».

 

Chers frères et sœurs dans le Christ, au cours de ces 10 dernières années depuis la reconnaissance des apparitions il ya eu un certain nombre de réalisations pour l’édification du Sanctuaire de Kibeho. Nous devons rendre grâce au Seigneur pour le pas déjà franchi ; mais en même temps avouer qu’il reste encore beaucoup à faire. Nous pouvons être heureux de voir que le nombre de ceux qui viennent prier ici à Kibeho a augmenté ces dernières années. Kibeho est devenu un haut lieu de ressourcement spirituel et de pèlerinage pour bien des chercheurs de Dieu. Ceux-ci ne viennent pas seulement du Rwanda mais aussi des pays voisins et de plus loin comme l’Europe et les Etats Unis d’Amérique. Le nombre des communautés religieuses ici à Kibeho augmente au fur et en mesure, avec des œuvres socio-caritatives ou éducatives qui contribuent au développement et au bien-être des populations locales. D’autres communautés se sont déjà annoncées. De toute manière il y a de la place pour tous.

 

Je souhaite que Kibeho devienne un haut-lieu de réconciliation et de nouvelle évangélisation pour tous, au cœur de l’Afrique. C’est pourquoi j’encourage une intensification des pèlerinages par groupes. Mais pour être plus profitable aux fidèles, il convient de bien préparer les choses, de telle sorte que pour chaque pèlerinage il y ait un thème particulier, connu de tous, et qui oriente la prière, les méditations, et d’autres activités en rapport avec le pèlerinage. Il n’y a pas de doute que cela fera plaisir à Notre-Dame de Kibeho. Elle-même nous dit « Je tends les bras à chacun d’entre vous ; quiconque vient à moi je l’accueille ». Elle nous rassure qu’elle nous écoute et qu’elle voit tout ce que nous faisons.

 

A TOUS, BONNE FETE !

 

+ Augustin MISAGO

Evêque de Gikongoro

 

 

 

 

 

 

 

28.11.2007


25.ème ANNIVERSAIRE DES APPARITIONS

 

DE LA VIERGE MARIE A KIBEHO (RWANDA) 28 novembre 2007

 

Homélie de S.E. le Cardinal Ivan Dias,

Préfet de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples.

 

Nous voici réunis pour célébrer le Jubilé d’Argent des apparitions de la Très Sainte Vierge Marie ici à Kibeho.

 

Je vous porte une salutation très cordiale de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI qui m’a chargé de vous faire part de son amour et sollicitude paternel, de vous assurer de ses prières et de ses meilleurs vœux pour le bien-être matériel et spirituel du peuple Rwandais, et de vous donner sa bénédiction apostolique.

 

 

Je viens ici comme pèlerin, pour être avec vous et rappeler avec gratitude et affection les apparitions qui ont eu lieu ici à Kibeho il y a vingt-cinq ans (de 1981 au 1985) et qui sont considérées comme les plus importantes apparitions de la Vierge Marie sur le continent africain. Ensemble cherchons de sentir les palpitations du cœur maternel de notre chère Maman céleste, de rappeler ses paroles et d’écouter le message qu’elle nous propose encore aujourd’hui.

 

La teneur des révélations Chers frères et sœurs: Qu’est-ce que la Vierge Marie, la Très Sainte Mère de Dieu, est venu nous dire en ce lieu bénit? En bref, elle voulait la conversion de nos cœurs, la prière sans cesse et sans hypocrisie, et qu’on accepte la souffrance salvifique.

 

Tout d’abord elle a voulu nous appeler à la conversion des cœurs: "Repentez vous", elle a crié trois fois. "Convertissez-vous quand il est encore temps." C’était le cri d’une mère préoccupée pour le sort der ses fils et filles bien-aimés.

 

La Vierge était préoccupée à cause de la condition morale du monde:

"Le monde se porte très mal," a-t-elle dit. "Le monde court à sa perte, il va tomber dans un gouffre, c'est-à-dire être plongé dans des malheurs innombrables et incessants." "Le monde est en rébellion contre Dieu, trop de péchés s'y commettent; il n'y a pas d'amour ni de paix." "Si vous ne vous repentez pas et ne convertissez pas vos cœurs, vous allez tomber dans un gouffre."

 

Le 15 août 1982 la Vierge a pleuré, car elle était fort affligée à cause de l'incrédulité et de l'impénitence des hommes. Elle s’est plainte de notre mauvaise conduite, caractérisée par une dissolution des mœurs, une complaisance dans le mal, une désobéissance continuelle aux Commandements de Dieu. Plus d’une fois elle a dit à Alphonsine que "la foi et l'incroyance viendront ensemble sans que l'on s'en aperçoive."

 

Un des thèmes les plus importants dans l'histoire des apparitions de Kibeho était la valeur de la souffrance salvifique et la place irremplaçable de la croix dans la vie de chaque chrétien et de l'Eglise. Pour un chrétien, nous le savons, la souffrance innocente, c’est-à-dire le chemin de la croix, est inévitable dans la vie d'ici-bas, c’est un moyen obligé pour parvenir à la gloire des cieux et pour aider les autres pour se sauver. La Vierge a dit à ses voyants, le 15 mai 1982: "Personne n'arrive au ciel sans souffrir." Ou encore: " L'enfant de Marie ne se sépare pas de la souffrance." Comme Jésus avait dit: "Si quelqu’un veut être mon disciple, qu’il prenne sa croix de chaque jour et me suive". Mais la souffrance est aussi un moyen puissant pour la conversion des pêcheurs, car elle nous fait participer aux souffrances de Jésus et de Marie pour le salut du monde. Les voyants de Kibeho ont été invités à vivre ce message d'une façon concrète, en acceptant les souffrances de chaque jour dans la foi et la joie, en se mortifiant et renonçant aux plaisirs mondains pour la conversion des pauvres pêcheurs.

 

Un autre appel que la Vierge a fait ici à Kibeho est de " prier sans cesse et sans hypocrisie". Aujourd’hui les hommes malheureusement ne trouvent pas le temps pour prier; et même parmi ceux qui prient, beaucoup ne prient pas comme il faut. La Vierge a demandé aux voyants trois choses: de prier beaucoup pour le monde, d'apprendre aux autres à prier, et de prier à la place de ceux qui ne prient pas. Elle nous demande de mettre plus de zèle dans nos prières, et à prier sans hypocrisie. "Priez sans relâche pour l'Eglise", a-t-elle dit, "car de grandes tribulations l'attendent dans les temps qui viennent." Et finalement la Vierge a demandé la récitation régulière du Saint Rosaire, et aussi le chapelet des Douleurs de la Vierge Marie sans supplanter point le chapelet.

 

Le Message de la Vierge aujourd’hui on peut se demander : quelle signification peut avoir le message de la Très Sainte Mère de Dieu pour nous aujourd’hui? Les apparitions de Kibeho se situent dans le contexte de la lutte permanente qui existe entre les forces du bien et du mal dès le début de l’historie de l’humanité dans le Jardin du Paradis. Cette fois ci les champs de bataille est Rwanda et ses environs, où des pays chrétiens qui sont fier de leur histoire et de leur culture sont appelés à vivre l’unité de la foi chrétienne sans aucune distinction d’ethnie. Mais l’adversaire de Dieu et de l’humanité a bien joué ses cartes pour changer la diversité en division: la diversité, en effet, est un signe de la présence de l’Esprit Saint et donne beauté et joie à une nation toute entière, tandis que la division est œuvre du diable qui porte à la haine, à la guerre fratricide, à la destruction et à la mort, et même au génocide d’un peuple.

 

Qui peut oublier la longue apparition du 19 août 1982 quand une de voyantes a vu la Vierge Marie pleurer: les voyants aussi ont pleuré, claqué des dents et tremblé. Ils se sont effondrés. Les adolescents voyaient des images terrifiantes: un fleuve de sang, des gens qui s'entre-tuaient, des cadavres abandonnés sans personne pour les enterrer. Un arbre tout en feu, un gouffre béant, des corps décapités. Dix ans plus tard, le monde apprenait le drame que Notre-Dame avait prophétisé.

 

Je le répète: il faut considérer les apparitions de Kibeho dans le contexte de la lutte permanente entre les forces du bien e du mal qui a commencé dès le début de l’historie de l’humanité. Elles font, en effet, part d’une longue chaîne des apparitions récentes de la Vierge partout dans le monde, où Notre-Dame a pris l’offensive contre l’Adversaire de Dieu et de l’humanité.

 

En effet, dès 1830 Notre-Dame est entrée décisivement au cœur des hostilités qui ont toujours existé entre elle et le diable, et qui continueront à l’être jusqu’à la fin des temps. Le 27 novembre 1830, la Vierge Marie apparut à Catherine Labouré, alors novice chez les filles de la Charité, à la rue du Bac, à Paris, et lui fit graver une médaille qui la représentait, les bras tendus, ouverts, d’où sortaient des rayons lumineux, comme pour signifier les grâces que la Vierge distribuait au monde entier. Ses pieds reposaient sur le globe terrestre et écrasaient la tête du serpent, le diable, indiquant sa victoire sur le Malin et sur les forces du mal. Autour de l’image, une invocation était incisée : «O Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous». Les dévots de la Vierge Marie parlent de cette médaille en l’appelant «la médaille miraculeuse» du fait des innombrables faveurs spirituelles et physiques que la Vierge Marie accorde à travers elle.

 

En 1846, seize ans après l’offensive lancée par la Vierge à travers la Médaille miraculeuse, la Vierge Marie apparut à deux petits bergers français, Mélanie Calvat et Maxime Giraud, à la Salette, toujours en France, et tout en larmes, elle les entretint de la ruine spirituelle vers laquelle allaient certains pays d’Europe, les souffrances que le Saint Père aurait subi, l’affaiblissement général de la foi chrétienne, ainsi que les difficultés de l’Eglise, la montée de l’Antichrist, et ses tentatives de remplacer Dieu dans le cœur des hommes: tentatives qui, malgré leurs apparents succès éclatants, auraient toutefois conduit à l’échec. Ces préoccupations maternelles de Notre-Dame de Kibeho, Mère du Verbe, sont les mêmes que la Vierge aurait confié aux voyants de Fatima, au Portugal, en 1917.

 

Il est bon de rappeler que Lucifer a trois puissants ennemis : l’Esprit Saint, la Vierge Marie et l’Archange Saint Michel. Le diable ne peut rien faire contre l’Esprit Saint qui est Dieu, alors qu’il n’est qu’une simple créature, rendue misérable à cause de sa rébellion contre Dieu. Il se sent, d’ailleurs, humilié d’avoir un ennemi redoutable en l’Archange Saint Michel, qui est un ange comme lui, mais que Dieu a mis à la tête de la milice céleste. Mais l’humiliation qui le blesse le plus est celle d’avoir été foulé aux pieds de la Vierge Marie, qui appartient à un ordre de création inférieur à celui des anges. Et la Vierge s’impose par son humilité qui reflète sur celle de son Fils Jésus, qui ne considéra pas un trésor jaloux sa ressemblance à Dieu, mais qui s’humilia, se faisant obéissant jusqu’à la mort et la mort sur la croix (cf. Phi 2,5-11), et vint au monde «non pas pour être servi, mais pour servir et donner sa vie pour la multitude» (Mt 20,28).

 

Néanmoins, le diable cherche toute manière d’éloigner les hommes de Dieu. Ses intrigues pour les séduire et les conduire à la perdition éternelle sont connues: il leur promette la prospérité matérielle, la popularité facile et le pouvoir terrestre.

 

Les manifestations modernes de ces stratégies sont multiples: les idéologies politiques athées, la corruption des mœurs et des valeurs familiales qui porte à la banalisation de la vie, notamment celle de l’enfant, la sécularisation, le consumisme, la perte de valeur de la sexualité, la haine, la violence, et les divisions entre les ethnies.

 

Il y a aussi la drogue, la manipulation génétique, l’avortement, l’euthanasie, et les autres vices que Saint Paul a énuméré dans la Lettre aux Galates l’appelant «fruits de la chair» (5,19-21). Le dénominateur commun de ces tentations est l’orgueil, le sentiment qui porta le diable à se révolter contre Dieu. Le puissant antidote contre les pièges de Satan est l’humilité, la vertu éminente de la Très Sainte Vierge Marie et source de tous les «fruits de l’Esprit Saint », comme la paix, la joie, l’amour, la pureté, la persévérance (cf. Gal 5,22-24).

 

La Vierge Marie prépare une légion à travers le monde entier depuis environ 200 ans contre les forces du mal. Les apparitions de Kibeho font part de ce réseau qu’elle est en train de tisser pour lancer la dernière offensive contre les forces du Malin et l’enfermer, et préparer ainsi la voie de la victoire finale de son divin Fils Jésus Christ.

 

Comme signe de notre participation active à son offensive contre Satan, la Vierge a demandé ici à Kibeho des actions très concrètes: la conversion du cœur, la récitation quotidienne du chapelet, la prière sans cesse et sans hypocrisie, l’acceptation des souffrances pour le salut du monde. Cela semble des petits riens, mais ils sont puissants dans les mains de Dieu, auquel rien n’est impossible. Comme le jeune David, avec l’aide d’une petite pierre et d’une fronde a abattu le géant Goliath venu à sa rencontre armé d’une épée, d’une lance et d’un javelot (cf. 1 Sam 17,4-51), nous aussi, avec les petits grains du chapelet, nous pourrons détruire les obstacles, affronter les assauts du Satan et porter patiemment les croix de chaque jour.

 

Le 9 novembre 1976, quelques mois avant qu’il ne devienne le Pape Jean Paul II, le Cardinal Karol Wojtyła disait: «Nous sommes aujourd’hui face au plus grand combat que l’humanité ait jamais vu. Je ne pense pas que la communauté chrétienne l’ait compris totalement. Nous sommes aujourd’hui devant la lutte finale entre l’Eglise et l’anti-Eglise, entre l’Evangile et l’anti-Evangile». Une chose toutefois est certaine: la victoire finale est de Dieu et se vérifiera grâce à la Femme de la Genèse et de l’Apocalypse, qui écrasera la tête du serpent. La Vierge Marie, Mère du Verbe, combattra à la tête de ses armées contre les forces ennemies de Satan et elle les vaincra. Elle unira tous ses fils et filles dans l’amour, car dans le Royaume de Dieu il n’y a pas de division entre les personnes et les ethnies. Le seul langage au Ciel est l’amour.

 

Remercions le Seigneur et la Vierge Marie pour nous avoir donné ce lieu bénit de Kibeho, ou les pèlerins peuvent travailler la conversion de leurs cœurs, et se restaurer aux eaux salvifiques des Sacrements de la Réconciliation et de l’Eucharistie. Ce sanctuaire marial doit être un lieu privilégié pour la nouvelle évangélisation de l’Afrique. Je vous encourage donc d’y venir souvent et nombreux en pèlerinages bien préparés et accompagnés. Et en ce jour de grâce, prions ensemble

 

Notre-Dame de Kibeho, Mère du Verbe, afin que la justice, le pardon, la réconciliation, la paix et la stabilité descendent toujours plus abondamment et restent à jamais au Rwanda et dans la Région des Grands Lacs. Amen.