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Les apparitions à Kibeho: Bref aperçu



Kibeho fait parler beaucoup de lui comme un lieu d’apparitions et de pèlerinages. Tout a commencé dans la journée du 28 novembre 1981 lorsqu’une jeune élève du collège de Kibeho, du nom d’Alphonsine Mumureke, prétendait voir une Dame d’une beauté incomparable qui s’est présentée sous le vocable de « Nyina wa Jambo », c’est-à-dire « Mère du Verbe », aussitôt reconnue par la présumée voyante comme la Bienheureuse Vierge Marie, Mère de Jésus notre Sauveur. Le phénomène se répéta dans la suite, à des intervalles plus ou moins espacés. La Vierge demandait à tous de se convertir, avoir la foi, et prier sans hypocrisie.

 

Les premières réactions suscitées par ces événements insolites au sein de la communauté du collège de Kibeho comme à l’extérieur ne furent point tendres. Il y eut un éventail de prises de position allant d’un scepticisme qui craignait la supercherie, à une adhésion plus ou moins enthousiaste pouvant donner une brèche à des excès de crédulité et d’intolérance. On prit d’abord Alphonsine pour une folle, ou une malheureuse fille possédée par de mauvais esprits ; ou bien encore pour une élève médiocre voulant jouer simplement la comédie pour mieux se faire accepter dans une école tenue par des Sœurs, de la congrégation des Benebikira (i.e. Filles de la Vierge Marie).

 

Beaucoup de voix se sont fait entendre pour réclamer des signes de crédibilité. Au moment des extases, des élèves et même des professeurs qui le voulaient, avaient la liberté de procéder à des tests sur le corps d’Alphonsine en vue de la mettre à l’épreuve et de vérifier sa sincérité.

 

Il fut même question de dire que si c’était bien la Sainte Vierge qui avait daigné visiter l’école, on prendrait cela au sérieux si au moins elle se montrait à d’autres élèves qu’à cette pauvre Alphonsine, originaire de la région du Gisaka à laquelle un préjugé populaire attribuait volontiers un brevet en magie raffinée. Alphonsine aurait beaucoup prié la Vierge de relever le défi en se manifestant à d’autres ; elle exhorta également ses compagnes d’école à lui demander elles-mêmes la lumière nécessaire.

 

Peu de temps après,  deux nouvelles présumées voyantes se manifestèrent au sein du collège l’une après l’autre, et cela en lien étroit avec Alphonsine. Il s’agit de Nathalie Mukamazimpaka, à partir du 12 janvier 1982 et Marie Claire Mukangango à partir du 2 mars 1982. Si pour certains l’augmentation du nombre des voyantes survenait pour compliquer encore davantage une situation déjà déconcertante créée par Alphonsine, pour d’autres au contraire les deux nouveaux cas, surtout celui de Marie Claire, ont été interprétés comme un bon signe venu du ciel pour montrer que la prière d’Alphonsine avait été exaucée, et pour soutenir la foi de tous ceux qui hésitaient encore à prendre au sérieux les apparitions dont elle était favorisée. Différents témoins interrogés au collège de Kibeho au cours de l’année 1982, ont déclaré avoir commencé à y croire à la suite de l’expérience extraordinaire de Marie Claire. Bref, l’opinion publique a tout fait pour trouver une explication naturelle du phénomène, mais sans beaucoup de succès, étant donné un ensemble de faits étonnants, qui dépassaient  le simple entendement humain et se confirmaient au fil des jours.

 

Malgré des critiques et des objections de toutes sortes contre les apparitions, un mouvement d’adhésion commença à se développer assez rapidement à l’intérieur comme à l’extérieur du collège de Kibeho. Déjà avant les vacances scolaires de Noël 1981, un groupe d’élèves et de professeurs « convertis » se montrait assidu à des réunions de prière avec Alphonsine, où l’on récitait le chapelet scandé par des cantiques en l’honneur de la Sainte Vierge.

 

A partir du mois de mai 1982, le phénomène des apparitions allait prendre une nouvelle tournure en s’étendant à l’extérieur du collège de Kibeho pour gagner l’école primaire du lieu, et puis les collines environnantes, voire même des localités beaucoup plus éloignées, tel un feu de brousse.

Or, ce qui frappe aussi, c’est qu’au sein même du collège le nombre des voyantes s’est arrêté spontanément à trois une fois pour toutes et cela très tôt, sans aucune intervention extérieure d’une autorité humaine. Par contre, le nombre de nouveaux voyants présumés ne cessa d’augmenter en dehors du collège d’une façon aussi rapide que troublante. Bien tardivement il fut même question de présumées apparitions de Jésus, à partir de juillet 1982 : soit sept mois après le début de celles de la Vierge. Mais avec le temps, les présumés voyants de Jésus mieux connus des pèlerins de Kibeho ont fini par évoluer de façon plutôt inquiétante et qui les disqualifiait.

 

Un autre fait à souligner, est qu’aux jours d’apparitions publiques, il n’y avait pratiquement pas d’extases en groupe ni en même temps ; au contraire, les voyantes avaient chacune des apparitions individuellement et à tour de rôle, en se relayant sur le lieu le même jour, ou bien en bénéficiant seule d’une « visite céleste » quasi exclusive, pendant que les autres ne faisaient qu’y assister comme tout le monde. Ces apparitions, plus ou moins longues selon les cas, étaient généralement marquées par des chutes lourdes à la fin des extases.

 

Elles se distinguaient aussi par une abondance de paroles, la longueur des extases, des chants, des prières d’intercession, des bénédictions (surtout au moyen de l’eau), des chutes répétées scandant une même apparition à certains jours (à partir du 15 août 1982 jusqu’à la fin du carême 1983), et d’autres souffrances mortifiantes. Le Carême 1983 en particulier fut caractérisé par des jeûnes extraordinaires, qui ont été suivis de très près par une équipe de médecins de l’Université Nationale du Rwanda.

 

Alphonsine Mumureke dit avoir effectué avec la Vierge le 20 mars 1982 un « voyage mystique » de plusieurs heures dans un autre « monde » à travers des « lieux » qu’elle décrit dans un langage symbolique qui fait penser à des réalités telles que l’enfer, le purgatoire, et le ciel, mais avec un vocabulaire tout différent de celui du catéchisme. Nathalie Mukamazimpaka connut une expérience similaire le 30 octobre 1982, bien suivie par une équipe de la commission théologique.

 

Les apparitions de Kibeho ont eu pour effet d’attirer du monde assez tôt. A certains jours, comme le 31 mai ou le 15 août 1982 par exemple, on a pu évaluer la foule à plus de 10.000 personnes environ, de tous âges et de toutes catégories sociales. Il est vrai cependant que ce public demeura longtemps bigarré ; car, à côté des pèlerins venus pour des raisons de foi et de piété, il pouvait y avoir une foule de curieux ou de gens qui étaient simplement à la recherche d’un merveilleux facile. La situation s’est décantée graduellement.

 

Le temps fort d’apparitions significatives s’est achevé pratiquement avec l’année 1983, au cours de laquelle la plupart des présumés voyants alors connus du public quittèrent la scène, l’un après l’autre, en déclarant que pour elles les apparitions seraient terminées. Sauf pour Alphonsine, dont la raréfaction des apparitions était cependant devenue une évidence déjà avant décembre 1982.

 

A partir de l’année 1984, seuls quelques voyants dits « secondaires », venus tardivement sur la scène, avaient encore des apparitions publiques à des dates stéréotypées et à des intervalles fort espacés, mais sans originalités ni apport nouveau au message de Kibeho.

 

Les apparitions de Kibeho ont pris fin officiellement le 28/11/1989, date à laquelle Alphonsine, qui fut au début de ces événements, a eu la dernière apparition de la Vierge en public. Elle a précisé qu’elle n’en aurait plus en public. Ce fait significatif, intervenu 8 ans après la toute première apparition de la Vierge à Kibeho, est communément appréciée comme un repère historique important pour quiconque voudrait connaître ce qui s’est passé et se former un jugement là-dessus. Cette date du 28/11/1989 est retenue par l’autorité ecclésiastique compétente comme le temps limite pour le déroulement de ces phénomènes.

 

La durée des apparitions de Kibeho dans le temps a été remarquablement longue, beaucoup de paroles ont été dites, et bien des faits plus ou moins mystérieux se sont passés au fil des années. Mais le phénomène de prolifération des présumés voyants dans la région même de Kibeho comme à travers tout le pays avait réellement de quoi dérouter bien des pèlerins ainsi que les personnes chargées officiellement de suivre de près l’évolution de ces événements. Ainsi au 28/11/1982, soit un an après la toute première apparition à Alphonsine, les présumés voyants répertoriés dans le fichier des commissions d’enquête étaient déjà au nombre de 14 ; et au 28/11/1983, ils étaient à 33 ! Presque toutes des filles. Les uns prétendaient voir la Vierge Marie ; d’autres, Jésus son Fils ; et un troisième groupe, la Vierge ou Jésus suivant les jours. Bref la situation était devenue fort complexe.

 

Dans bien des cas une crédulité facile ou un excès de respect « religieux » envers les prétendus voyants semble avoir contribué en partie à leur prolifération. On en a vu même qui se mettaient à circuler dans certaines régions du pays pour répandre de soi-disant messages, sans se préoccuper de l’accord de l’autorité ecclésiastique compétente. Ils quittaient ainsi leurs propres familles pour aller se faire héberger dans certains ménages dévots ; de là ils allaient de temps à autre à Kibeho au rendez-vous avec l’Apparition, ou bien harceler des autorités religieuses et civiles en leur portant de soi – disant messages présentés comme reçus du ciel. Mais très souvent ces messages n’étaient que de simples banalités ou des prédictions troublantes et déroutantes pour bien des gens.

 

Il y en a eu d’autres qui disaient avoir été chargés par Jésus ou par la Vierge Marie d’une mission spéciale d’aller annoncer leur message à l’étranger, surtout dans les pays limitrophes, mais aussi à Rome, au Canada, etc. A ce sujet, Mgr Jean Baptiste Gahamanyi, évêque du diocèse de Butare dont Kibeho faisait partie jusqu’en 1992, crut utile de préciser dans sa Lettre pastorale du 30 juillet 1986 que, les événements de Kibeho étant toujours à l’étude, il ne pouvait être question pour lui, en tant qu’Ordinaire du lieu, « de donner à qui que ce soit parmi les voyants une mission quelconque en rapport avec ces événements, ni de se porter garant des messages qu’ils disent avoir reçus du ciel, même si certains propos tenus par eux sont bons et touchent les cœurs ». L’Ordinaire du lieu visait ainsi des cas de voyants improvisés « missionnaires » ou prédicateurs itinérants. Cette position a été reprise à son compte par Mgr Augustin Misago, évêque de Gikongoro depuis 1992 ; elle demeure définitive.

 

A maintes reprises, l’Ordinaire du lieu a fait appel au bon sens des chrétiens et à leur sens commun de la foi pour faire un bon discernement vis-à-vis de toutes sortes de personnes qui se manifestaient ou même se mettaient à circuler un peu partout en prétendant avoir des visions surnaturelles ou être porteuses de messages particuliers venant du ciel. A la lumière d’un ensemble de signes, nombre de pèlerins de Kibeho ont su, de fait, discerner petit à petit des voyants qui, à leurs yeux, méritaient d’être davantage écoutés ; et bien d’autres qui, au contraire, paraissaient plutôt suspects ou même faux, à des degrés divers.

 

 

 

Commissions d’étude

 

Mgr Jean Baptiste Gahamanyi, évêque du diocèse de Butare dont Kibeho faisait partie au moment où les apparitions de Kibeho commençaient, a fait ce qu’il pouvait pour suivre de près la situation et se faire un jugement là-dessus. Deux commissions d’étude, bien distinctes, ont été mises en place assez tôt par lui. Il s’agit d’une commission médicale, créée le 20 mars 1982 ; et d’une commission théologique, créée le 14 mai 1982. Ces commissions, chacune suivant ses méthodes propres, se sont mises à la tâche dès leur création. Malgré la longue durée des apparitions dans le temps, elles ont poursuivi leurs travaux avec un grand dévouement et avec le souci d’étudier les faits en toute objectivité, sans précipitation, dans la patience, la sérénité, et sans passion. En cela, elles se laissaient guider par l’Instruction du Saint-Siège intitulée « Les Normes sur la manière de procéder pour juger des présumées apparitions et révélations privées » (Rome, le 24 février 1978).

 

Mais étant donné le grand nombre de voyants présumés, qui pourtant n’avaient jamais d’apparitions en groupe, les commissions ont été amenées à prendre certaines options de méthode en vue d’une plus grande efficacité dans le travail d’étude. Ainsi, la priorité fut donnée à huit premiers voyants présumés qui se sont déclarés comme tels, à des dates différentes, au cours de la première année des apparitions à Kibeho, c’est-à-dire entre le 28 novembre 1981 et le 28 novembre 1982. Ils furent suivis jusqu’au bout, sans pour autant négliger d’autres cas signalés. Le choix des 8 premiers n’était cependant qu’une hypothèse de travail, et pas une quelconque présomption d’authenticité pour des voyants si nombreux.

 

Les commissions d’étude ont produit de nombreux rapports, présentés à l’évêque du lieu. Dans ses Lettres pastorales sur les événements de Kibeho, Mgr Jean Baptiste Gahamanyi, évoque brièvement le travail accompli au fur et à mesure que les enquêtes progressaient. La première lettre pastorale parut le 30 juillet 1983 ; la deuxième, le 30 juillet 1986 ; et la troisième, le 15 août 1988. Cette dernière est sans doute plus importante que les deux premières, pour les raisons que nous allons voir dans un instant.

 

Le 30 mars 1992, le diocèse de Butare a été scindé en deux pour donner naissance au diocèse de Gikongoro, confié à Mgr Augustin Misago, déjà membre de la commission théologique pour les apparitions de Kibeho. Depuis lors, ce dossier allait dépendre de ce jeune diocèse. Il fut convenu cependant que les commissions d’étude existantes, mises en place en 1982 par l’évêque de Butare, continueraient normalement leur travail pour le compte du nouveau diocèse sans devoir en créer d’autres, à part que la composition de la commission théologique a été remise à jour et renforcée.

 

 

 

Autorisation et promotion du culte public à Kibeho

 

Les différents rapports provisoires présentés à l’Evêque du lieu par les commissions d’étude lui ont permis de se faire un jugement équilibré sur la situation et d’éviter toute précipitation dans une affaire si délicate.

C’est justement à la lumière des conclusions pertinentes contenues dans ces rapports que l’Evêque de Butare, Mgr Jean Baptiste Gahamanyi, a jugé opportun d’approuver officiellement un culte public à Kibeho sur le lieu même des apparitions, avec des normes assez claires. Cet événement important, qui fait date, eut lieu le 15 août 1988 en la solennité de l’Assomption de Marie à l’occasion de la clôture de l’Année Mariale proclamée par le Pape Jean-Paul II dans son encyclique « Redemptoris Mater » (25 mars 1987). Depuis lors on peut célébrer sur le lieu des apparitions la Sainte Eucharistie ainsi que les autres sacrements de l’Eglise, et y manifester légitimement sa piété en rapport avec ces événements. Un chapelain fut nommé ; il entra en fonction dès septembre de la même année. Cependant, tout en autorisant ce culte, l’Ordinaire du lieu veilla à bien préciser qu’il ne fallait pas confondre cette autorisation avec une éventuelle « reconnaissance du caractère surnaturel des apparitions ou révélations prétendues s’être produites en ce lieu ». C’est dire aussi qu’aucun voyant de Kibeho n’était encore reconnu officiellement.

 

L’Eglise procède ainsi avec prudence ou même avec beaucoup de réticence à propos de la reconnaissance de l’authenticité des apparitions ; mais elle considère que les fruits spirituels constatés peuvent déjà être sauvegardés par un culte public. Justement, l’approbation officielle d’un tel culte à Kibeho sur les lieux où les faits dits « apparitions » se sont produits, a été, entre autres significations, une façon de reconnaître que la « sensus fidei» (la voix du peuple) ne s’était point laissée égarer.

 

L’évêque de Gikongoro, Mgr Augustin Misago, devenu ipso facto le nouvel Ordinaire du lieu des apparitions, a pris l’engagement de poursuivre l’examen de ce dossier en marchant sur les traces de son prédécesseur, mais en y associant davantage la Conférence des Evêques du pays selon l’opportunité. Pour promouvoir le culte public déjà approuvé par son prédécesseur, il procéda à la pose de la première pierre pour une future chapelle à bâtir sur l’esplanade des apparitions. Cet événement eut lieu le 28/11/1992, 11ème anniversaire de la première apparition. Le même jour, un Comité pastoral du sanctuaire a été institué, avec des tâches assez précises. Le 31 mai 1993, en la fête de la Visitation, eut lieu le tout premier pèlerinage diocésain à Kibeho conduit par l’évêque avec l’intention de prier pour la paix au Rwanda, dans le contexte d’une guerre fratricide déclenchée en octobre 1990. A la date du 20/11/1993, soit un an après la pose de la première pierre pour le sanctuaire de Kibeho, l’évêque bénit et inaugura une chapelle provisoire, aménagée par le diocèse dans un des dortoirs des élèves de l’école, surnommé le « dortoir des apparitions », rénové et érigé désormais en « Chapelle des apparitions » (depuis 2007).

 

La tragédie humanitaire vécue par le peuple rwandais en 1994 et les années suivantes n’a eu ni limites ni quartiers. Même les voyants de Kibeho n’ont pas été épargnés. En avril 1994 l’église paroissiale de Kibeho avec ses annexes fut le théâtre d’un horrible génocide tutsi, comme dans le reste du pays ; et un an après, c’est-à-dire en avril 1995, un massacre de déplacés de guerre venus se réfugier à Kibeho fut perpétré sur l’esplanade des apparitions. Ce double drame humain a laissé de profondes blessures dans les cœurs des survivants. Le 24 décembre 1995, veille de Noël, au terme de démarches difficiles menées conjointement par le diocèse et des amis de Kibeho auprès des autorités compétentes de l’Etat, il a été possible de procéder à la purification rituelle du site de Kibeho et à une reprise graduelle des pèlerinages.